articles sortie livre Unique & Divers 2009

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  • Des portraits humains et vivants
    par Olivier Quelier pour le blog BookEmissaire http://www.culturecie.com
    Fabien Lemaire a 29 ans. Il est photographe. Plutôt grand angle : mode, reportage, portraits... Il a déjà exposé à Paris, à Londres, à Milan et à Dubaï. C’est un projet plus engagé qui l’a conduit à réaliser les quarante-six photographies du livre « Uniques et divers », présenté  par l’association Toléde (Tolérance et Education). Plus ou moins médiatiques, ces personnalités (Yamina Benguigui, Frédéric Taddeï, Aïda Touihri, Firmine Richard, Pascal Duquenne…) ont pour point commun d’œuvrer « à l’élaboration d’une société respectueuse des différences. » Elles sont mises en valeur par une présentation en trois dimensions : outre le portrait réalisé par Fabien Lemaire, chaque invité a été interviewé par Benoit Gautier, avant d’écrire un message de sa main. Le projet, lourd et ambitieux, se concrétise dans un livre à l’image de ceux qui l’ont fait (les invités comme le photographe et l’auteur) : simple, généreux et chaleureux. Réalisé en pleine lumières, loin des feux de l’actualité ou des artifices de mise en scène.   Après le forum Diversité09 qui s’est déroulé en début de semaine, présentant une exposition des 46 portraits, Fabien Lemaire revient sur cette belle aventure humaine qui a rempli ses objectifs…
     
    Comment le contact s’est-il établi entre l’association Toléde et toi ?
    J'ai rencontré l'association Toléde (Tolérance et Education) par l'intermédiaire d'un ami qui en est le trésorier. J'ai participé à l'élaboration de Diversité08 [NDLR : le Forum des diversités] et je continue de soutenir l'association. J'étais présent aussi au forum Diversité09 qu'elle organisait ces derniers jours.
     
    Qu’est-ce qui t’a séduit dans ce projet de livre « Uniques et divers » ?
    C'est moi qui suis à l'origine du projet. J'ai proposé sur Diversité08 de faire les portraits des intervenants, cela a plu ... Quelques mois plus tard, il a été question d’en tirer un livre. Je trouvais mes photos trop institutionnelles pour le grand public, j'ai donc suggéré une nouvelle liste de personnalités et un nouveau concept, en y incluant le travail de rédaction de Benoit Gautier.
     
    Comment s’est effectué le choix des 46 « invités » ?
    J'ai proposé une première liste de personnalités, qui a été réduite et modifiée des dizaines de fois par l'association. Toute la difficulté était de tenir notre discours de la diversité en mettant en avant tant des personnes connues que des inconnus, des « black blanc beur », avoir une personne handicapée, un gay, une trans… des gens de gauche comme de droite. Il fallait laisser la place à toutes les diversités… une mission impossible quelque part, mais on a tenté de se rapprocher le plus possible de la réalité, et surtout de réunir des hommes et des femmes acteurs de la "diversité" dans leur quotidien.
     
    Comment faire transparaître ou apparaître la « diversité » ?
    Par le choix des personnalités, justement. D'un point de vue technique, j'ai souhaité que chaque personne nous donne rendez-vous où elle le souhaitait afin qu'elle se sente bien et que l'univers graphique lui corresponde. Laisser parler la lumière naturelle, laisser parler la couleur de peau par une utilisation exclusive de lumière naturelle.
    On a parlé à propos de ton travail de « naturalisme ». Es-tu d’accord ?Je ne suis pas certain de bien comprendre le mot, mais si ce « naturalisme » veut dire « rendre les choses naturellement belles » alors c'est ce que j'ai tenté » de faire au travers des portraits : révéler la beauté de chacun, mettre en lumière qui ils sont vraiment, tenter de percer le masque des statuts socioculturels. Ce projet est pour moi l'occasion de dire par l'image ce que je pense fortement : la diversité est une affaire de cœur, de respect, d'amour… Quel souvenir gardes-tu de ses rencontres ? Un échange profond avec chacune des personnalités, car nous passions au-delà des titres et des statuts sociaux… Nous devions en quelques minutes nous "inviter" dans l'intimité de chaque parcours.  Imaginer sur deux mois une cinquantaine de rencontres, c'est très intense, les semaines qui ont suivi le bouclage du livre m'ont paru d'un calme ! Les personnalités se sont dévoilées avec simplicité. A chaque rencontre, le programme était le même : l'interview par Benoit, puis l'écriture des textes, enfin la photo... La personne était amenée progressivement à lâcher prise et à offrir son regard naturel. J’ai rencontré beaucoup de richesse et de chemins de vie qui me confirme dans l’idée que vivent en France des êtres merveilleux qui croient en un avenir meilleur et qui travaillent à ça tous les jours.
     
    As-tu eu des retours des personnalités photographiées ?
    Pour le moment, la moitié des personnalités m’ont dit avoir toutes été très touchées par leur photo. Souvent, aussi, le texte  les émeut beaucoup, Benoit Gautier a réussi un challenge, en quelques lignes extraire une quintessence du positif de ces hommes et femmes.
     
    Comment les photos ont-elles été accueillies lors de l’exposition ?
    L'exposition a été bien accueillie. Les expositions de portraits sont assez rares et plus encore quand il n'y a pas que des "stars" à l’appel. Souvent, les visiteurs ont été impressionnés par la lumière présente dans ces photos. Les personnalités y paraissent lumineuses. Je crois que toutes ces personnes se sont dévoilées, et c'est ce qui transparait dans ces portraits humains et vivants.
     
    J’imagine que l’aventure « Uniques et divers » est loin d’être terminée… En effet, le livre vient de sortir en librairie. L'association a esquissé l'idée d'un éventuel second volume, mais on va déjà laisser vivre celui-ci, en espérant qu’il rencontre le succès. Quelques séances de dédicaces peut-être. Quant aux expos, on est à la recherche de lieux publics, de galeries, de boutiques… Avec un rêve en ce qui me concerne : une expo à l'Hôtel de ville ou sur de grand panneaux à l'extérieur !
  • Fabien Lemaire, le portraitiste de la diversité

    Entretien avec Dandy Hierle - étudiant MBA Luxe International
    Fabien Lemaire est un photographe passionné qui s’inscrit dans son temps et s’intéresse à ses contemporains : il est aussi bien à l’aise dans le domaine de la mode que dans les reportages d’actualité. Après avoir exposé à Londres, Milan, Dubaï puis récemment Paris, il nous reçoit aujourd’hui dans le cadre de l’aboutissement du projet qui lui tient particulièrement à cœur. Photographe talentueux engagé pour la diversité, Fabien Lemaire, modeste et spontané, nous présente des personnalités aux parcours exceptionnels à travers une série de portraits authentiques. Ainsi l’agenda de l’artiste est-il marqué par la sortie de son magnifique ouvrage intitulé « UNIQUES & DIVERS »,  commande de l’association Tolède. Avec l’auteur Benoit Gautier, Fabien Lemaire a réussi à fédérer quarante six personnalités qui « par leurs parcours et leurs actions œuvrent à l’élaboration d’une société respectueuses des différences. » Sans artifice et surtout avec la recherche de la plus grande authenticité, Fabien Lemaire a su trouver le ton juste pour chacun des quarante six portraits. Connues ou non du grand public, chaque personnalité invitée a souligné sa singularité d’une part grâce au portrait réalisé par le photographe et également par le texte biographique écrit par Benoit Gautier. Le lecteur appréciera la touche personnelle de chaque invité qui a écrit ou dessiné de sa propre main sur le thème de la diversité pour compléter au plus juste son portrait. Fabien Lemaire a exposé ses quarante six portraits lors du forum Diversités09 le 9 et 10 novembre dernier au forum des Images à Paris, dont l’édition se plaçait sous le haut patronage de Monsieur Nicolas Sarkozy.
    L’association Toléde joue un rôle certain dans la genèse de ce long projet qui vous tenait à cœur. Comment le projet de ces portraits sur la diversité est il né ?
    Ce projet est né avec et pour l’association. L’idée première était de photographier tous les intervenants du forum Diversité08 qui se déroulait à la Villette l’année dernière. J’avais installé un studio photo et vidéo sur place. Le résultat a plu et la question de savoir ce que nous pourrions en faire est restée en suspens quelques mois, jusqu’au jour où il a été question d’en faire un livre. Trouvant le résultat trop institutionnel et pas assez artistique à mon goût pour la publication d’un livre grand public, j’ai préféré refuser l’utilisation de ces photos et j’ai proposé de refaire une nouvelle série basée sur une nouvelle liste de personnalités.
    Sur quels critères ont été choisies les quarante six personnalités ?
    Beaucoup de points au final ont du être abordés et l’élaboration de la liste a été assez complexe, car vouloir faire un livre « représentant » la « diversité » en mouvement n’est pas chose simple. Offrir la parité homme-femme, laisser la place au connu et inconnu du grand public, à l’entreprise et au monde associatif, aux artistes et aux personnalités de la culture, du monde religieux … tout en prenant en compte les « couleurs » et les origines. C’était important aussi qu’il y ait une « expression » des orientations sexuelles. Sur le papier tout cela était simple, mais vous imaginez bien qu’il a fallu faire des choix entre telle et telle personne, réussir à les approcher et les convaincre de donner un peu de temps et rapidement … d’autant que nous avions un délai très court. Le critère principal au final était l’engagement quotidien de chacun, nous voulions des personnes qui œuvrent chaque jour pour le respect, la reconnaissance, la mise en valeur des différences et pour l’édification d’une société encore plus saine et dynamique… Mon seul regret est qu’il n’y ait pas d’asiatique, j’aurais souhaité aussi Grand Corps Malade et Abd Al Malik … une autre fois peut être ;-)
    En tant que photographe portraitiste quel a été votre plus gros défi technique et artistique pour cet ouvrage UNIQUES & DIVERS car c’est une approche différente de la mode ? L’approche a été très opposée aux photos de mode, car je n’avais aucun styliste, aucun maquilleur, aucun coiffeur, aucun assistant, pas de studio, aucun flash … juste le défi humain d’avoir quelques minutes, entre cinq et quinze minutes pour saisir l’instant où le regard se dévoile et ne cherche pas à montrer son statut social, quelques minutes pour révéler sa véritable identité, un sacré challenge… atteint plus ou moins en fonction des personnages. L’autre point essentiel c’est que je ne souhaitais surtout pas œuvrer dans un studio, solution de facilité lorsqu’il est question de faire des portraits en grand nombre, j’appelle cela du portrait en mode fastfood. Ici, nous avons pris le temps de rencontrer chaque personne là où elle le souhaitait, nous avons dans un premier temps réalisé l’interview, en deuxième lieu nous avons fait écrire le petit mot sur la diversité puis enfin la séance photo.  Au final  j’ai du œuvrer avec la lumière naturelle, à ma plus grande joie. Nous étions en terrasse de brasserie, dans un parc, dans un bureau, chez la personne…
    Lors d’une conférence récente – le 26 octobre 2009 – la créatrice Chantal Thomass m’a expliqué qu’elle avait accepté, dans le cadre d’un projet antérieur, de vous accorder une séance photo exclusive à son domicile car vous êtes un photographe différent et agréable. C’est une remarque plutôt flatteuse de la part d’une personne aussi exigeante. Cette qualité relationnelle a-t-elle été un atout avec vos invités sur cette série de portraits ? C’est toujours délicat de parler de soi, on n’est jamais trop objectif … mais oui, je crois que ce livre résume ma capacité à entrer en contact avec autrui de manière très rapide et profonde. Je tiens cela aussi de huit années de pratique en tant qu’artherapeute et coach. Réaliser quarante six portraits en si peu de temps, dans un lieu à chaque fois différent, l’aspect technique n’est alors plus suffisant. Il faut de la magie. La rencontre, le portrait est une alchimie, il faut mettre à l’aise, entrer en relation avec le sujet, lui faire confiance pour qu’il lâche prise et fasse tomber les masques, ne serait ce qu’une fraction de seconde. J’attache peu d’importance au statut social lorsque je rencontre une personne pour la photographier, j’aime me rappeler que chacun est né nu … d’ailleurs cela m’évoque un shooting avec le créateur Jean-Claude Jitrois pour un éditorial où il se dénudait, cela s’est très bien passé, malgré l’exigence absolue du personnage... Avec Chantal Thomass c’est la même histoire, je la respecte beaucoup et je suis de très près son exigence.
    Comment avez-vous choisi le lieu pour chaque séance photo ?
    Chaque personnalité a choisi son lieu, c’était la condition pour permettre aux gens de « perdre » le moins de temps dans leurs agendas respectifs… tous overbookés. C’était aussi une direction artistique, je souhaitais un univers visuel et lumineux différent à chaque fois. Bureaux, restaurant, brasserie, terrasse de café, salle de réunion, jardin …. Un des plus beaux lieux fut la salle de réception de la Mairie de Paris pour le portrait de Yamina Benguigui, un lieu hors du temps, et les dorures ont capté toute la lumière, les grandes fenêtres ont laissé passer la lumière jusque sur son visage…
    Vous avez photographié le styliste Éric Bergère. En 2002, il faisait défiler à New York des modèles « en pleine forme et bien dans leur peau ». Comment a-t-il partagé avec vous sa vision de la diversité ?
     Éric est un créateur très touchant, à l’inverse de certains qui « se vantent de faire de la Diversité », lui  ne comprenait pas pourquoi nous nous intéressions à lui. Il faut rappeler que l’univers de la mode est très dur sur les apparences physiques, alors imaginer à New York un défilé consacré aux personnes en « pleine forme », il lui a fallu une sacrée audace pour porter et créer ce projet. Même si il continue de dessiner pour le prêt-à-porter de luxe, il continue de rêver d’habiller une autre diversité, celle des « Bears », les gays « nounours »… une collection spécifique arrivera bientôt. Éric ne le fait pas pour faire dans la diversité, tout simplement lorsqu’il aime quelque chose il le fait, et il réalise souvent ses rêves.
    Je vous félicite pour le portrait de Jérôme Clément, Président d’Arte. Le regard est soutenu et le lieu soigné. Cet homme a connu l’envers de la diversité. Ses parents et ses grands-parents ont péri à Auschwitz. Il est devenu Président d’Arte à la chute du mur de Berlin et son rêve d’aujourd’hui est de « créer à présent une chaîne israélo-palestinienne ». Êtes-vous intimidé lorsque vous devez réaliser le portrait de cet homme qui traduit vraiment l’aspiration à la diversité et qui correspond ainsi exactement à la direction artistique de votre projet ?
     J’ai plus été intimidé par les masques anti grippe dans les couloirs d’Arte que par son PDG ! Comme je vous l’ais dit, je n’attache pas beaucoup d’importance au statut, mais tout de même, Jérôme Clément est un personnage qui m’a impressionné … La photo traduit bien sa position, très posé, très calme mais avec une poigne et puissance souterraine importante. Sinon la rencontre était très agréable, il nous a reçus dans son bureau, très chaleureux, nous avions l’impression d’être chez lui, dans sa maison. Il s’y dégage une sérénité, un calme et une richesse, de nombreux objets photos évoquent un parcours riche tant politique qu’artistique.
    Comment parvenez-vous à obtenir un portrait aussi naturel ? Je pense notamment au portrait de Hakim El Karoui, Président du Club XXIe Siècle et directeur adjoint de la banque Rothschild ainsi qu’au portrait de Laurent Claquin, Directeur de la responsabilité sociale et environnementale du groupe PPR. Concernant Hakim El Karoui, lui-même a souhaité que nous allions faire l’interview et la séance photo au Parc Monceau près de son bureau. La nature était belle, l’atmosphère du parc était agréable, il n’était pas très à l’aise à l’idée de poser, ce qui était généralement le cas pour la plupart des photographiés. Être pris en photo c’est oser se montrer, regarder et être regardé. Lorsque l’on est en mouvement on peut toujours fuir ou cacher un sentiment par la parole, des tics nerveux, un mouvement du corps … mais lorsqu’il faut regarder l’objectif ou mon regard c’est forcément une autre épreuve sachant qu’il y aura du monde derrière et pour longtemps, surtout dans le cadre d’un livre, il y a quelque chose de figé, à la télévision c’est encore en mouvement, donc moins inquiétant quelque part. Et puis une cinquantaine de photos plus loin voire une centaine, il y a le moment clé, l’instant magique où le visage est harmonieux, où la veste n’est pas de travers, où le rayon de soleil passe … l’alchimie de l’instant présent parfait. Une fraction de seconde après le regard devient vide, la pose devient forcée, surnaturelle, l’attitude dans la démonstration ou dégageant un manque de confiance, ou un effort de séduction … il y a de tout … Pour Laurent Claquin, je ne sais pas trop quoi vous dire, nous avons fait beaucoup de portraits à l’intérieur de l’immeuble du siège du groupe PPR, mais je n’étais toujours pas satisfait du résultat. Généralement, plus j’arrive à passer du temps avec la personne, plus elle se décontracte généralement … au final nous sommes allés sur un petit balcon et nous avions les arbres derrière d’une grande avenue, c’est un portrait pour moi très classique, presque trop politique à mon goût, mais c’est la magie de ces portraits, chacune des personnalités a pu exprimer sa diversité. Et ce ne serait pas étonnant un jour de voir Laurent Claquin dans un rôle politique, bras droit de Pinault … il n’y a qu’un pas.
    Quel est le parti pris de la mise en scène épurée et minimaliste pour le portrait du célèbre chorégraphe et danseur Raimund Hogue ?
     Ce minimalisme, je l’ai souhaité car lorsque nous l’avons rencontré chez lui en Allemagne, à Düsseldorf, nous avons été très touchés par son intérieur. Un grand loft blanc : pas de chaise, pas de table, tout épuré mais un ensemble qui respirait un blanc « chaud » et non pas glacial et sans vie comme dans certains lieux contemporains. Dans un coin, quatre cailloux entourés d’une ficelle, par là une petite orchidée, que l’on voit d’ailleurs au premier plan de la photo. Raimund a développé un univers presque monacal mais avec un côté espiègle et rieur, avec un courage au fond des tripes impressionnant. Oser affronter le monde du spectacle avec son corps si particulier, son identité, c’est très fort, j’ai beaucoup de respect pour lui. Donc pour la photo je voulais quelque chose d’aussi épuré que son appartement, et puis je ne voulais pas grossièrement mettre en valeur son corps bossu, je ne voulais pas de voyeurisme, surtout pas,  j’y ai mis beaucoup de tact. Je crois que la photo a réussi à traduire cela.
    Quels seront pour vous les souvenirs les plus marquants de cette aventure et de ces rencontres si diverses les unes des autres ?
    La rencontre dans un potager où j’ai fait un de mes portraits favoris avec Pascale Ourbih, une personnalité emplie de douceur, de sensibilité, un parcours qui me touche et qui amène à beaucoup d’humilité.  Autre souvenir, la rencontre que j’ai réussi à organiser avec Lama Gyurme et Jean-Philippe Rykiel (qui est le fils de Sonia Rykiel) au temple bouddhiste de Vincennes. Deux heures délicieuses, drôles et dans un lieu empli de sérénité. Le regard que porte le lama sur Jean-Philippe incarne tout l’amour pour son « frère ». C’est le portrait spirituel de ce livre pour ma part. Très belle rencontre aussi avec Fatiha Benatsou, préfète déléguée pour l’égalité des chances dans le Val d’Oise, je ne m’imaginais pas passer deux heures avec elle. Le temps s’est envolé et nous avons passé un moment délicieux, elle a partagé avec nous son parcours et son quotidien, une femme remarquable. Le feu et le rire de Samira Djouadi, de la Fondation TF1 qui m’a touché par sa volonté et sa puissance solaire. Par son parcours elle démontre que « les foules s’écartent devant celui qui sait où il va ». Comment ne pas parler de la rencontre avec Pascal Duquenne à Bruxelles, très touchante aussi, après avoir parlé longuement avec sa mère qui s’occupe de l’association 8ème jour, Pascal nous a invité chez lui, dans son appartement rempli de souvenirs et de médailles, il nous a fait découvrir les Special Olympics. Son dessin est vraiment le plus beau à mon sens ! Vraiment à son image, le déjeuner en terrasse avec lui est aussi un excellent souvenir. Tikken Jah Fakoli, un être puissant, incarnant la vraie sagesse africaine, souvenir touchant dans sa volonté de bien écrire son mot, un hommage au discours de son père, il y a mis beaucoup de temps et d’amour. Pour certains, écrire le mot durait deux minutes et là, avec Benoit cela a pris beaucoup plus de temps. C’était une rencontre hors du temps, ou plutôt au rythme africain … trois heures plus loin … [rires] Ryad Sallem, qui à notre grande surprise est arrivé en marchant : nous étions convaincus qu’un sportif handi sport était forcément en fauteuil, et bien non ! Un géant, puissant et courageux, et son Défi-festival est un rendez-vous important pour toutes les associations œuvrant pour le sport et les handicapés.
    Comment les quarante six invités de l’ouvrage et ensuite le public de l’exposition ont-ils apprécié les portraits ?
    Je ne suis qu’au début des feedbacks, mais je suis très content car dans l’ensemble ils ont connu ce que je me suis efforcé de faire au travers de ces portraits : un regard lumineux et vivant. Ce ne sont pas juste des portraits, ce sont de vraies rencontres et le travail d’écriture prend sa juste place et vient donner un écho complémentaire à l’image silencieuse. Ce concept plait beaucoup. Le livre commence sa vie donc je ne peux pas donner trop de conclusion sur le regard du public pour le moment. J’entends des mots qui reviennent : fraicheur, intéressant, différent, lumineux, humain … c’est pour moi très bon signe. La difficulté pour les librairies est de le classer … certains le voient en rayon People, c’est une erreur je pense. Je pense plutôt que cet ouvrage a sa juste place en photographie et société.