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A two day out to the rainy Port of Havre
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“J’étais content de ne pas être amoureux, content d’être en froid avec le monde.
J’aime être en désaccord avec tout. Les amoureux deviennent souvent susceptibles, dangereux.
Ils perdent le sens de la perspective. Ils perdent le sens de l’humour. Ils deviennent nerveux, psychotiques, emmerdants. Ils se transforment même en assassins. »


En attendant l’heure, en attendant 20h03.
Bukowski m’a accompagnée avec ses aventures et aussi insensé que cela puisse paraitre, son barge de la vie me plait aussi triste qu’il puisse être. Il était 18h30 quand je me suis installée sur ce siège.
Une demi-heure plus tard j’avais mal aux fesses mais que faire d’autre. Je n’avais pas le choix.
C’était soit cela, soit marcher dehors et risquer de rater mon train. Le dernier pour ce soir en plus.
Dormir à la gare ne fait pas parti de mes plans. Pas ce soir en tout cas.
Alors j’ai lu, Women de Bukowski, qui n’en rate pas une on dirait : que cela soit une femme ou une paire de claque.
Le temps s’écoulait, l’homme qui s’occupe des départs et des arrivées venait presser un bouton toutes les 15 minutes. Il rentrait et ressortait. Paris St Lazare remontait l’écran petit à petit. A 20h j’ai lu, Paris St Lazare voie 2. Je rangeais mon livre et me dirigeait vers mon wagon : le 16, siège 12. J’étais seule et c’était beau.


Le mercredi soir, j’ai rangé mon sac, mes appareils et mes pellicules.
Le jeudi à 7h. Je me réveille, en sursaut, le cœur qui bat.
J’ai pris une douche, me suis séchée les cheveux, me suis habillée et mis mes bottes.
Voilà. Logiquement dans la suite des choses, je suis prête à partir. Prête à déguerpir.
Mais je continuais à faire des va et vient inutiles, cuisine- chambre, chambre-salle de bain, salle de bain-cuisine, porte-chambre. Je tournais en rond et je le savais. Ma montre aussi tournait en rond et si je continue ainsi je rate mon train.

Dans le labyrinthe de St Lazare, des couloirs, des gens, des bagages qui trainent, des enfants qui trainent derrière ces bagages gueulant au petit matin. J’ai besoin de manger, de trouver le numéro de mon quai.
A priori je le trouve mon quai. Mais quelque chose me dit que ce n’est pas le bon. Quelque chose comme le papier qui est collé sur les portes du train, disant Caen et non Le Havre.
Une étrangère du zanzibar on aurait dit, je cherchais quelqu’un pour m’aider et voilà le monsieur a l’accueil.
« Bonjour, je cherche le train pour le Havre ?  Oui ? Euh, je ne le trouve pas ? C’est la voie 18 mademoiselle. Mais ici ca dit c’est la 22. Oui mais là c’est pour les arrivées, il faut regarder ce tableau là pour les départs ! »
Oui. Telle une habitante du zanzibar je suis.

Dans le train j’ai dormi, j’ai eu l’honneur d’avoir le siège d’à côté de libre.
Dans le train j’ai dormi mais d’un sommeil saccadé, regagnant la terre à chaque fois ou je sentais ma bouche s’ouvrir et que ma bave allait couler. Comme quoi une fille parfois ça peut baver, même en public. J’espérais juste que le vieux en face ne me voyait pas.
Le Havre terminus, le Havre terminus ! Faire attention de ne rien oublier derrière, sous les sièges, ne pas rater la marche entre le train et la plateforme. Voilà ça c’est fait.
Mes premiers pas sur le quai du Havre. Non il ne faisait pas beau, ni même relativement beau. Non.
La météo m’a menti. Il pleut, il fait froid. Il faut faire avec.

Dans la gare j’ai cherché, un plan du Havre me trouver, quelqu’un ou quelqu’une a qui demander.
Finalement je l’ai vu, ce bureau d’informations et me voilà dedans.
On me regarda bizarrement.
« Bonjour, auriez-vous le plan de la ville ? – Au moins j’aurais appris une chose à travers mon expérience parisienne : ne pas employer le terme de carte –
Le plan du Havre ? » Bah et quoi d’autre alors !
Au début, au commencement, à ma sortie de la gare ce fut.
L’extase a l’état pure a l’entente des goélands qui crient et arpentent le ciel sans cesse.
J’ai suivis leurs cris et me suis retrouvée face à l’eau.
Eureka ! Voilà la mer une seconde fois !
J’ai fait un tour des Docks Vauban, j’avais froid, la pluie recouvrait mes lunettes je n’y voyais plus rien,
mes mèches étaient mouillées. En gros je ne ressemblais plus à rien et je fatiguais.
Prendre le bus 4 puis le 10. Je ne le trouvais pas, je demandais autour, personne ne savait, je rentrais m’informer aux bureaux d’informations. Comment aurais-je pu me douter que le tram qui passait devant moi est tout neuf. Le Havre célébrait cette nouvelle machine qui a révolutionné le déplacement de ses habitants. J’achetais un ticket pour une heure et attendit sur le quai. Je ne sais pourquoi, avec toute ma moucheté de l’instant, un yo-man mdit «  eh madmoiselle, vous connaissez la deux ? » en fait je n’ai pas compris ce qu’il a dit et j’ai dit non. Il dit « non ? » je dis «  non je connais pas  msieur». Etait-ce ma tête de cancre, mes sacs qui m’étouffaient, mon plan et mon portable en main qui l’ont attiré ? Il se foutait de ma gueule c’est clair, vous connaissez pas la deux vous ?

Et le tram fut. Je pris le tram, le tram partait droit direct. Le tram avait pour terminus La Plage.
On arriva à La Plage en moins de huit minutes. Et c’est là que je réalisais ma connerie.
J’aurais pu suivre les rails tout comme une habitante de l’Inde aux trains. Descendre ? Non.
J’ai acheté un ticket d’une heure, je compte bien m’en servir. Alors voilà, un second voyage en tram dans le Havre, d’un terminus a l’autre. Sauf qu’a un moment ou un autre la machine devait avoir des problèmes.
Elle est toute neuve quand même. Le tram nous jeta en dehors de ses entrailles.
On attendit 20 min pour le second. Je rentrais a La Plage.

La Plage est immense, rien d’extravagant par un temps nuageux, mais remonter le Blvd d’Albert 1er me semblait pire que les marches de Montmartre.
Je trainais des pieds. Prenais des photos. Mon nez coulait. Mon nez était rouge et froid.
Ma main gauche glacée. Mes pieds je les sentais, des sortes de balles de tennis oubliées sous la pluie.
Des pieds de compote.
A l’Hôtel des Phares la porte était fermée, c’était beau, très beau, mais avec une porte fermée.
Une femme arrive et me dit qu’ils m’ont logé autre part vu qu’il n’y a personne d’autre que moi.
Je redescendis la petite pente, jusqu’à l’hôtel Les Voiles.
Le monsieur non sympathique me passe ma carte, la chambre 9 au premier étage,
le seul étage qu’ils ont d’ailleurs.

La chambre 9 au lit douillé.
Dans cette chambre je voulais reposer.
Elle n’avait rien de particulier, sans papiers peints ni tableaux, c’est les rideaux, leur blancheur et leur éclat, les grandes fenêtres et ce lit douillé. Je voulais fondre entre ces draps, fondre a l’intérieur de ce matelas,
me métamorphoser en coussins.
Mais sortir d’ici à nouveau était vital, je crevais de faim, obligée de nourrir mon estomac.
Je marchais, beaucoup, longtemps, lentement.
Le premier restaurant sur lequel je tombais me dit que leur chef cuistot est parti, loin, en vacance.
Le second que j’ai trouvé, je ne l’ai pas trouvé en fait.
Il n’y avait que des brasseries là où je marchais.
Manger. Manger. Manger.
Il fallait manger.
Marcher, je marchais, marchais, ne faisait que marcher.
Des boulangeries à n’en plus finir, mais ce n’est pas ça qui allait assouvir ma faim.
Finalement sur ma route je trouve le funiculaire, chose à laquelle je ne m’attendais pas.
Un funiculaire et même pas une pizzeria ou un chinois. Un mac do ? Non.
Il n’y avait que des yo-man a la porte de toute façon, je préférais crever de faim que d’avoir affaire à ces mecs-là. Le monoprix ? Voilà ou j’ai fini finalement. Au monoprix, achetant un sandwich de plouc, quelques clémentines, des pommes, du chocolat. Je reprenais la route en sens inverse, regagnant les rails tu tram.
Rentrée a mon lit d’un soir, je m’affalais dessus jusqu’au petit matin. Un ermite, une marmotte, un castor,
on ne pouvait pas me voir bien tapie dans mon lit. Toute sorte de rêve j’ai fait. Je ne me rappelle de rien hélas aujourd’hui, mais il me suffit de repenser à cette nuit-là pour bien dormir, même étant par terre.

Je me réveillais à 6h du matin, grognant et ronronnant sous les coussins.
La cure de sommeil est finie. Je dis au revoir à mon lit, ma douche, mes fenêtres, mes rideaux et claquais la porte derrière. Je quittais Les Voiles et pris le large.
Enfin. Ma seconde journée, c’était marcher, marcher, encore marcher.
Tout au long de la plage,  des sportifs faisant du jogging, en short ou pas, des vieux qui sortaient leur(s) chien(s). Deux heures pour longer la plage et revenir sur mes pas.
Je continuais en direction du Port de Plaisance comme ils disent ou je déjeunais aussi,
au restaurant des Voiles bleues.
Quel bel appareil ! Un verre de vin ? Un dos de cabillaud à la sauce vanille ? Je vous apporte ça !
Alors ici, il y avait du monde, un monde qui a maté mon entrée sans rater aucun détail : mes cheveux ébouriffés, mon manteau, mes sacs, mon air de zanzibarienne perdue.
Un groupe de vieux assis à coté de moi ne faisait que parler « vous êtes de passage au Havre ? Faut revenir quand il fait beau ! » Ils voudraient organiser une fête pour 25 personnes.
Un peu derrière on a dit au serveur « oh mais vous reviendrez au moins avec une jolie chinoise ! » m’enfin.

Je quittais ce petit cocon et continuais ma marche du port. Direction les jardins japonais. Que je ne trouvais point. Sur ma route j’ai vu le marché au poisson ou les poissonniers rangeaient les restes.
Ca puait le poisson, naturellement.
En chemin je m’arrête pour demander à ces gens-là ou sont ces foutus jardins japonais. « No French no French » comme si je les ai insulté « English? yes? Do you know where I can find the Japanese Gardens?  no no. We don’t know.” Naturellement. Ils ont eu peur de moi. Je n’insistais pas, je me retournais comme font les gens en général pour remater les personnes comme si on enregistre le visage d’un criminel.
Je me retournais pour voir et en effet, ils me scrutaient de loin aussi.
Je repris le pont, et la, en plein milieu des eaux sur une petite barque. Je le regardais, l’observais.
Un goéland ? Tout noir ? Je m’assis sur le banc et tout arriva en une seconde.
Je me transformai en un oiseau : je suis un oiseau qui regarde le monde de par ma barquette laissée au milieu des eaux.

Prochaine destination. L’attraction de la ville. Du centre. De l’Hôtel de Ville.

La Grande Roue.
Je m’étais fixée en tête de ne pas partir d’ici sans avoir tourné dans la grande roue.
Madame ticket me donna mon ticket, monsieur qui nous laisse passer m’as laissée monter avec une mère et son gosse. J’étais la seule adulte qui soit seule là-bas. En général les adultes ont toujours leur alibi pour y être : leur gosse. Sauf que, à bord, les femmes flippaient, le gosse se moquait des femmes.
C’était hilarant, entre la mère, le gosse et moi qui m’occupait de mes photos. « Arrête de gigoter Simon. » C’est drôle, il avait bien une tête de Simon sauf que là c’est moi qui le prénomme.
Simon a eu droit à une leçon de photographie vu qu’il ne pigeait rien à mes gadgets.
« C’est les débuts de la photo jeune ami ! L’analogue ! »
La Grande Roue c’est fini. On atterrit à terre. La mère et son gosse sont partis.

Je suis sur le banc. Face à la grande roue. Je mange ma clémentine. Je prends quelques photos. Je me lève et marche, marche, marche. Continue à marcher, suivant les rails. Jusqu’à la Gare.

Je me suis évadée pour deux jours et une nuit.
Ces derniers mois c’était une course contre la montre. Contre le temps. Mais qu’est-ce que le temps quand j’ai deux jours pour visiter une petite ville et la mer ? Je passe mon temps à longer la plage et à rêvasser sur ses goélands.
Les réveillons, Noel, la nouvelle année, la fin du monde qui n’est pas arrivée.
Une séparation, des prolongations, des castings, des projets, de la bière, du vin, de la pluie et un peu de vent.
Je me suis évadée pour deux jours et une nuit, et comme toujours lorsque je m’évade et j’essaie de me faire oublier par le monde, je laisse une partie de moi sur les galets, les bancs, les rues.
Rentrer est inévitable. Reprendre la vie que j’ai laissée pour quelques heures.
Assumer mes choix. Assumer. Assumer. Ce verbe ne fait que revenir ces derniers temps.

Deux jours et une nuit, dans le train, presque rentrée à Paris, je réalise une chose : une chose vitale que j’ai oublié de faire. Voyager dans le funiculaire.
 
Au Port du Havre – France Janvier 2013