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Back to film.
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Un soir.
Je me transforme en l’observatrice. En bus j’ai tourné. Autour de la table au Café.
Voleuse, voire voyeuse.
D’un instant.
De son sourire. Ses mèches de cheveux. La forme de ses petits yeux.
Travelling north, travelling north.
Il est donc pas bon mon café?

A la veillée de Berlin. A l’aéroport d’Orly Sud.
Il y avait les isolés, ceux qui voyagent en solitaire, ceux a deux, ou bien à plusieurs.
Et nous deux surement : deux affamées malades.
Bizarrement, tout le monde a quitté. Pathétiquement je me suis informée auprès du type à téléphone.
Comme s’il s’attendais à ma question, il m’a tout de suite offert du chocolat.
C’était clair à présent pour moi.
J’allais jeuner, crever de faim, a la veillée de Berlin.
Inconsciemment, on est solidaire durant cette veillée. Des évènements insolites se passent tout autour. Néanmoins, comme toujours, il n’y a jamais aucune réaction humaine. Action-réaction ? Non, non.
Voilà la définition pure de l’indifférence humaine.
Derrière moi, celui qu’on vient de réveiller, dort à nouveau, a poings fermés.
Derrière encore, il y a l’homme qui promene son gros chien, la porte de sa cage ouverte.
A ma gauche il y a la femme qui pour rien au monde ne quitterait son fauteuil.
Se présente donc la série des fauteuils VIP, que seuls les habitués connaissent et réservent donc en avance.
A côté, il y a le fou. Lui, il doit certainement dormir ici chaque soir : il dort si bien, si facilement, que ni sa toux sèche, ni le froid, encore moins son ronflement ne dérangeraient ses rêves les plus doux.
Dans le même clan que le nôtre, il y a ce type. Il part, il revient, il déambule avec ses bagages,
sa capuche noire sur la tête et mate les alentours d’un air grave. Finalement il reprend sa place et nous guette de ses yeux. Face à nous, tout le reste du monde roupille. Assis dans leurs chaises-fauteuils,
ne pouvant s’allonger. Pas un seul ne se réveillera sans un mal de dos et de cou.
Et lui ronfle toujours.
Sortie de nulle part, rompant le silence du sommeil, la machine à cirer le sol et le type à faire rouler sa machine nous assomment de leurs sifflements. Brusquement, agressivement, nous frôlant presque pieds et jambes, comme s’ils voulaient nous chasser même de la pauvre misère qui nous reste.
Silence.
Tout le monde dort. Personne ne fait attention à rien.
Quelqu’un pourrait très bien prendre tous les bagages et nul ne remarquera.
L’homme aux bottes qui grincent vient de repasser. La belle femme, elle, elle s’ennuie et a rangé son bouquin. Et moi, enfouie sous ma capuche, rêvant aux terres berlinoises.
Je crève de faim et de fatigue.
Une sorte de camp de concentration approuvée consciemment de la part du monde.
L’aéroport ferme ses portes avec nous dedans.
Le temps d’une nuit, j’ai fait partie de l’aéroport d’Orly Sud.
Voilà.
Mon délire commence.
Mais si, il est bon ton café.
Je craque.
Je ne fais que craquer.
L’observer est un plaisir visuel.
L’attendre, un plaisir virtuel.
Dormir.
J’aimerais bien m’évanouir.
Et dormir.