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Poumon d'oiseau éphémère
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Mon merle a perdu son ventre
Comment pourra t-il chanter ?
Mon merle a perdu sa queue
Comment pourra t-il chanter ?
Mon merle a perdu son dos
Comment pourra-t-il chanter?
Mon merle a perdu ses ailes
Comment pourra t-il chanter ?
Mon merle a perdu son cou
Comment pourra t-il chanter ?

Mon merle a perdu son bec 
Comment pourra t-il chanter ?

Mon merle a perdu ses pattes
Comment pourra t-il chanter ?
Comment pourra-t-il chanter ?
Mon merle a perdu son cou
Comment pourra t-il chanter ?



Mon merle a perdu sa tête 
Mon merle a perdu son cou (bis)
Un cou, deux cous, trois cous, marlo!
{Au Refrain}

Mon merle a perdu son dos (bis)
Un dos, deux dos, trois dos, marlo!
{Au Refrain}

Mon merle a perdu ses ailes (bis)
Une aile, deux ailes, trois ailes, marlo!
{Au Refrain}

Mon merle a perdu son ventre (bis)
Un ventre, deux ventres, trois ventres, marlo!
{Au Refrain}

Mon merle a perdu ses pattes (bis)
Une patte, deux pattes, trois pattes, marlo!
{Au Refrain}

Mon merle a perdu sa queue (bis)
Une queue, deux queues, trois queues, marlo!
{Au Refrain}
POUMON D’OISEAU ÉPHÉMÈRE





je repense 
à l’homme
qui revit soudain
entouré de sa famille
on le croit sauvé
il sourit
le soir il semble fatigué, nerveux
et le lendemain, prostré,
agonique
la mousse verte
comme une crème
une mousse d’étoile
a envahi son corps
de poumon et d’algues
il ne respire plus
 
 
la mousse se dépose
comme une feuille de lichen
sur ce poumon de hautes futaies
et il étouffe le carrefour respiratoire
de la mer,
il étouffe ces étoiles de branchies
et de bulles
et l’homme meurt
étouffé
avec un tampon d’ouate dans la bouche
et derrière ses yeux
 
 
La mousse est aussi sur la langue
et ouate le monde comme étranger
la mousse lentement se dépose
et perd le contact immédiat
une mousse isole le carrefour de souffle
du grand large
les amoureux de la liberté
perclus dans la crucifixion des mousses
 
 
Je vois le carrefour de nuit
et le souffle coupé
alors qu’il est si pur
le lien à la solitude
je vois le carrefour de nuit
dans ta magnifique indifférence
toi, toujours là à mes côtés
dans l’indifférence des poissons
aux branchies d’algues bleues
et qui recherchent l’air
 
je repense sans cesse à l’homme
qui se croit sauvé
et puis soudain sent que c’est fini
et se replie dans l’étreinte de fer
d’une mousse
la mâchoire qui ne s’ouvrira plus
dans le lichen de la mort
 
Béatrice Bonhomme, Poumon d’oiseau éphémère, Poèmes 1996-2001, Melis Éditions, 2004, pp. 111-122.
http://www.amazon.fr/gp/aw/d/2909490351/ref=mp_s_a_1?qid=1358557151&sr=1-31