ROAD(S)

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            Me voici prise dans un jeu étrange, plaisant. Je circule entre l'espace du dedans et l'univers du dehors, entre le réel et l'imaginaire, le visible et l'invisible. J'avance lentement. Je scrute les visages et les paysages. Une bergère assoupie au bord du chemin, des hommes portant des cabas, une famille entière entassée sur une mobylette. Des corps inquiets, fatigués, pressés. Des êtres en transit, en mouvement, dont les lumières soulignent l'humilité, les silences, le subtil.
    J'ai parfois l'impression que le temps s'immobilise. Je m'arrête alors sur chaque visage. J'ai la sesnation d'entrer dans un tableau, de traverser une peinture. Je peux sentir le soleil sur ma nuque, choisir d'accopagner la jeune femme sur cette route. Quelques secondes plus tard, le temps reprend sa course folle. Le conducteur appuie sur l'accélérateur, je suis ramenée à la réalité, le tableau se brouille, je change d'univers.
    Sous les ronronnements du moteur, j'imagine l'asphalte, les courbes, les lignes; ces routes me rappellent que nous sommes tous des passants. Ce voyage devient une aventure interieure, une trajectoire fictive, une échappée poétique, une envolée onirique. Il m'apprend à accepter les différents rythmes et rôles de la route. La mienne, la eur, la vôtre...Alors, j'essuie avant ma manche le buée déposée par le souffle court de mon excitation et j'appuie sur le déclencheur.
     
                                                                                                                                                                                                                 TEXTE ET PHOTOS © LÉNA MARIA