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Dubai, February 2013
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A 6h du matin, je rencontrai les africains. Ils tournaient en rond et partaient en direction du métro.
C'est quel RER qu'il faut prendre pour l'aéroport?
Ah, suivez moi messieurs c'est plus simple.
Je marchais devant, avec ces trois jeunes gens derrière moi, on arriva a quai et j'étudiai l'écran: CDG c'est le prochain dis-je. Le train arriva et je montai ils me suivirent et m'invitaient a m'asseoir a coté, je refusai poliment.
Je m'assis ouvrant ma valise pour vérifier quelque chose et c'est la qu'elle arriva, une blonde non souriante levée de sale pied a 6h du matin. J'aurais aimée lui défaire son chignon a la blonde non souriante parce qu'elle failli m'ecraser les pieds juste parce que madame s'est levée de mauvais pieds.
Non mais. Et en plus. La blonde non souriante était hôtesse de l'air. Alors la.
Terminus. Pour une fois je n'ai pas oublié d'acheter un ticket CDG.
Les africains par contre, ah ces africains.

A l'aero de cdg il y a eu les vieux qui se chamaillaient.
En attendant l'ouverture des portes, ils sont venus se poser derrière moi et la
"mais dis moi que tu es la! mais je t'ai dis mais tu es sourd! Il faut que tu te fasses soigner! Mais tu le sais que je suis sourd! Alors pourquoi tu fais ça? bon bon tu veux un chewing gum? Oui. C'est a quoi?"
Vive la vieillesse.
 

Soudain, j'entendis prononcer un nom-prénom au haut parleur, me semblant familier.
Mlle Abi Nader, Abi Nader Clara est priée de se présenter au comptoir.
Moi? qui avait entendu parler de moi a CDG? Je suis légale! je suis légale, j'aurais voulu crier, mais rien n'est sorti de ma bouche. Elle pris mon passeport et mon billet, me laissant seule, hébétée.
Dix minutes sont passées, sûrement que c'était beaucoup moins mais ca n'en finissait pas.
Elle faisait des aller-retour sans aucune explication sur ce qui allait m'arriver.
La voila qui revenait, tête basse, lèvres serrées, me tendant mon passeport déchirant mon billet.
"Euh, y a t-il un problème quelconque?"
Quelconque - définition: inintéressant, anodin, vulgaire; terme très français, très particulier qui suggère une bonne connaissance de la langue française de Molière.
"Non non au contraire" toujours sans aucun regard ni sourire, me tendant un nouveau billet.
" Vous avez été promue en Business. Ah, Ah bon. Euh, Merci?"

C'est ce jour la que je compris la différence entre le bas monde et les privilegiés: moi la petite de 23 ans,
a eu droit a entrer avant tout le monde dans l'oiseau. A m'installer confortablement dans un gros fauteuil
qui quand même ressemblait a un nid d'oiseau un peu clostrophobique.
Et a la fin pouvoir demander a changer de place quand même choisir le siège qui me plaisait.
Bon, j'avoue que se retrouver parmi les privilégiés avait quand même un plus.
Celui de pouvoir dormir tranquille durant 7h de vol, 7h que je n'ai jamais connu jusque la dans un avion.
A coté de moi il y avait l'adolescent qui est trop vieux pour jouer au jeu de l'amour.
Parler en anglais au lieu de parler en arabe "oh what a coïncidence, my daughter's name is Clara as well".
Bref a la fin, il a compris, j'ai ma cage il a la sienne, laisse moi gros morveux, et je dormis.

A Dubai j'atterris, je présentai mon visa, je disais shoukran et maa el Salama.
Voila, l'heure était arrivée pour que je sorte et que je l'étouffe de mes bras.
Elle était la, l'autruche, mon autruche qui accouru a bras ouvert.
Les journées de dindes délaissées dans le désert allaient débuter. Bientôt, dans 5minutes, 3,2 1.bam!

"ICECREAAAAAM. I SCREAAAAAAM! ICE CREEAAAAAAAM!"
 

A 7h30 on se levait, moi complètement déconnectée, banane, café, elle ses talons, moi mes grands tongs
et mes gros sacs. Allez hop en voiture. Chaque fois c'était différent, une plage, la même ou une autre,
il faisait beau, une légère brise et du soleil.
Je le voyais se lever sur le sable. L'ombre des grattes ciel disparaissait petit a petit.
Le soleil chauffait petit a petit. Sur la plage il ne faisait plus froid, il était temps d'enlever ses habits.
Des petits cailloux qui font rêver les enfants il y en avait plein.
Des enfants par contre, non.
C'était plutôt les grands qui arrivaient devant moi, et allez! allez! grappillez! encore et encore, des cailloux, coquilles, coquillages, tout ce qui luit!
Parfois je revoyais les mêmes personnes, la veille ou le lendemain.
Rien a faire dans la vie, que de glander a la plage, se faire frire et mater le reste du peuple marin.
"Excuse me, you don't have friends?"
Donc si jamais vous vous retrouvez seul a la plage, cela veut dire vous n'avez plus d'amis.
Vous êtes un déprimé de la vie qui vient bronzer au soleil tout seul.
Encore un autre morveux qu'il me fallait eviter.
Le second matin je choisis l'extrême opposé d'ou je m'étais posée hier.
Malheur. Terreur. Horreur.
Le morveux de la veille me retrouva, mon regard rencontra le sien des que je commencais a déboutonner ma chemise. Je reboutonnais et forcai un sourire.
Le morveux d'hier me salua, parti et revint m'offrant une pomme que je refusai,
qui resta plantée dans le sable chaud.
Ah.
14h30.
Ne jamais faire confiance a une eau calme.
Sans même le remarquer, les vagues vont grimper et parvenir a avaler,
caméras, livre, téléphone, serviette et habits.
15h. J'essayais d'épousseter le sable de ma serviette mouillée.
15h05. Un type de l'hôtel me demande de pousser, soi disant je leur salissais leur partie de la plage
avec le sable du bas monde. 15h07, je le regardais me parler, ébahie, lui disant
"this is only some sand, as soon as I'm done I'll be gone".
15h11, le sable collait toujours a ma serviette, mon corps et mes yeux.
15h12, un boulou boulou s'approchait de ma propriété exterminant presque le reste de mes possessions.

15h20 je devais m'habiller, et rejoindre mon autruche.
 
Le temps des Sushis.

Ou il n'y avait que des japonais. On mangeait a s'étouffer. Et la faim demeurait.
J'ai retrouvé le plaisir du déplacement en voiture. Et autre chose encore.
La liberté d'être au vent, de faire des virages et sentir son coeur battre a cinq a l'heure. Cet effet grandiose qu'est de retourner en fin d'après midi, regarder le soleil se coucher, tout rose sur les dunes, dans le ciel et sur les quelques arbres qui pointent de leur tête. Une imbécile heureuse qui sourit au vent, qui sourit aux boulous boulous ses âmes soeurs se baladant au milieu des autoroutes.
"Je ne reconnais plus personne en Harley Davidson." Tout est résumé dans cette phrase.
BB avait tout compris a la vie.
Voila.
C'était fini tout ça.
Il me restait encore quelques jours de plage, d'après-midi au balcon et de soirées en pop corn. A la plage, le morveux de la dernière fois ne fut plus. Il y eut quand même une autre bande d'hurluberlus qui n'arrêtaient pas de sauter, crier, danser, faire leur show dans le sable, avec les oiseaux et dans l'eau.
Sur cette plage un homme ambulant ne cessait de crier.
ISCREEEEEEEM, ISCREEEEEEEM.
J'ai quand meme galerer a comprendre ce qu'il criait.
"ICE CREEAAAMMM, ICECREEEEAAAAAAM!
You are leaving? But why are you alone?
Parce que je suis une recluse de la société.
Le 4 Mars en dix minutes on arrivait a l'aéroport.
C'est ainsi que je quittais le pays de l'Or Noir.
 

Et non cette fois ci, je volai avec le bas monde, cou, pieds, bras et mal de tête pendant 7h de temps jusqu'à Paris.
Paris qui m'accueillis avec sa neige et sa pluie.