ALIENATION MENTHOL

  • 197
  • 12
  • 1
  • A french tale dealing with strangeness and difference
  • Allongé, je te vois.Moustache en crocs, sourire en bandoulière, tu conserves l’air de tes tubules dressés en crête, divin frondeur porté en terre.  Trônant sur tes couronnes nourricières et feignant de ne craindre les grignoteurs endogés,  tu défends fièrement tes couleurs.  Gésir ne te va guère plus que gémir, l’ami singulier. Car héraut d’une cause, tu l’es toujours. Celui que l’on nomme Etranger, parasite, terroriste, rom, anar, trublion, farfelu ou Autre, tu portes en toi les germes du grand ailleurs que l’on te sait sur-mesure. Bien ici et pourtant loin de ce monde, la mise à distance ne t’effraie pas, fort au contraire. La différence te rapproche de tes congénères. Si le point de vue est intérieur, ton poing dévie vers l’éther et le songe ;  un ciel dégagé que seuls les regards qui se rejoignent peuvent partager. De cette peau remarquable, si contrastée, tu attises iris et curieux, amours et colères. Méplats inconnus, ossature saillante, tu incarnes à toi seul l’anatomie de l’anathème. A y regarder de plus près, chacune de tes particularités rejaillit de l’ensemble, aussitôt extraite et reste, à nos yeux, mise en orbite.  Ton esprit flotte, accroché à nos cils comme ce papillon qui a trouvé repos, loin des lignes du front.Le goût de tes luttes perdure par-delà l’éther. Tu nourrissais des rêves, tu régales les vers. Le combat n’était pas vain car ton vaisseau quitte l’univers, laissant dans son sillage le souvenir des espoirs bleus.

    Photographism : http://jeanne-rose.com/