Il est une scène du brame que tout le monde rêve de voir mais que la pression exercée aujourd'hui par le grand public et les photographes peu avertis rend particulièrement difficile à observer : il s'agit de la saillie de la biche en chaleur par le cerf. 
Assister à ces instants suppose une tranquillité absolue et une discrétion totale.

Notre façon de pratiquer la photographie animalière ( travail à l'affût uniquement, utilisation de gros téléobjectifs, préparation des emplacements longtemps à l'avance et connaissance parfaite du terrain ) nous permet, presque chaque année, de vivre ces moments uniques. 
Etre dans l'intimité des animaux demande beaucoup d'efforts et de discipline mais c'est le seul moyen d'arriver à faire ces images. Nous avons longtemps hésité à les publier mais nous le faisons finalement car cela montre que si l'on prend toutes les précautions nécessaires, aucun des spectacles de la nature ne nous est interdit.

Une seule règle : le respect et la tranquillité des animaux avant tout. Aucune image ne justifie de déranger ces moments qui assurent la pérennité de notre faune.
Quand la chaleur baisse un peu, les biches sortent de leur remise pour aller au gagnage. Elles savent que le cerf les suit de près et sont tournées vers la coulée par où il va sortir.
Il ne tarde pas à apparaître. Après avoir glissé un bois sous le barbelé, il tourne la tête de l'autre côté et peut ainsi engager le second bois.
Il ne lui reste plus qu'à se glisser précautionneusement sous la clôture en baissant l'arrière-train et il se retrouve dans le pré.
Il rejoint ses biches et leur faon qui se sont mis les uns à brouter paisiblement, les autres à poursuivre une sieste agréable au soleil.


Le cerf, lui, ne se nourrit guère pendant le brame. Il n'est sorti que pour surveiller ses femelles. Il se couche donc avec un petit raire qui signifie que tout est tranquille autour de la harde.


Quand elles ont assez mangé, les femelles viennent se coucher autour de lui pour
ruminer paisiblement.
Après une bonne sieste, le mâle émerge lentement. Il brame doucement pour signifier que
la pause est finie
et se remet à bramer plus fort pour que tout le monde se prépare à reprendre la marche.
Il fait le tour des bêtes encore couchées comme s'il voulait s'assurer que tout va bien pour chacun des membres de la harde.
Il s'attarde auprès d'une des biches qui est restée couchée avec son faon de l'année auprès d'elle.
C'est la favorite du moment, elle est sans doute toute proche d'être en chaleur et le cerf lui manifeste son intérêt en lui léchant doucement le museau.
Elle ne refuse pas ses avances et, au contraire, étire le cou pour mieux en profiter.
Le cerf l'oblige à se lever et elle obéit aussitôt. Le faon, par contre, ne bouge pas, il a bien compris qu'il n'est pas invité à cette fête là.
Il reste paisiblement couché pendant que le cerf se met à poursuivre la biche. La langue à moitié tirée du maître de place est une marque de plus de son intérêt pour cette femelle-là.
Le cerf se rapproche de plus en plus de la femelle qui se dérobe sans vraiment chercher à échapper à son poursuivant.
Elle traverse la harde couchée comme pour chercher de l'aide parmi les autres animaux mais ils ne se lèvent même pas.
C'est une sorte de rituel avec ses diverses phases. La langue tirée du cerf dit la force de son désir. La biche se dérobe mais on a presque l'impression de voir une figure d'une danse immuable.

Parfois, le cerf s'arrête et brame longuement. La violence de son raire indique que la tension monte de plus en plus mais il reprend vite sa course

et retrouve sa favorite du moment. Elle n'a d'ailleurs pas profité de cette interruption de la poursuite pour s'éloigner mais s'est arrêtée, au contraire, comme si elle l'attendait.
La poursuite reprend mais on sent bien que la conclusion est proche.
C'est la biche qui s'arrête d'elle-même et qui choisit l'endroit de la saillie, laissant au cerf tout le temps de s'installer au mieux.
La femelle supporte une bonne part du poids du mâle qui peut peser bien plus de 200 kilos
La pénétration est immédiate et très vite suivie de l'éjaculation.
A cet instant précis, le cerf se cabre en rejetant la tête en arrière et souvent la biche, sur le coup de rein, est projetée à plusieurs pas. On dit que le cerf a fait la chandelle ou a couvert la femelle.
La saillie en soi a duré quelques secondes, le cerf retrouve son calme et les autres femelles viennent aux nouvelles pendant que la biche se vide.
Sans doute excité par l'odeur très forte du sperme, un faon se place derrière la biche qui vient d'être couverte
et tente d'imiter le grand cerf, provoquant la réaction de sa mère
qui se dérobe et le frappe du museau.
La harde reprend sa marche dans la lumière dorée du soleil couchant, avec le cerf en serre-file.
Il semble avoir déjà trouvé une nouvelle favorite et lui manifeste son intérêt avec empressement. Allez, il y aura encore des faons l'an prochain dans les estives.
Brame 2018 : la saillie
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