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    © Tiphaine Lacroix Mémoire de DNSEP, 2018 ESADHaR - Le Havre Disponible en version PDF sur demande Ma fascination quant aux images et à leurs d… Read More
    © Tiphaine Lacroix Mémoire de DNSEP, 2018 ESADHaR - Le Havre Disponible en version PDF sur demande Ma fascination quant aux images et à leurs discours m’a amenée à creuser toujours plus dans leurs histoires, leurs mécaniques, à m’enfoncer toujours plus en profondeur dans les images elles-mêmes. Car les collectionner, les archiver ne suffit pas, il faut les ouvrir, les décortiquer, les maltraiter parfois. Une image seule n’a pas de sens ni d’existence, elle renvoie sans cesse à d’autres images, ainsi qu’à d’autres éléments satellites comme des lectures, des discours, des pensées. Dysposer est pour moi une manière de réouvrir ma pratique du design graphique. C’est un acte qui me permet de repenser sans cesse des formes, qu’elles soient visuelles, textuelles ou hétérogènes, mais c’est surtout un acte qui me permet de revoir, dans le sens de voir autrement. Ce processus non-figé me sert à poser ma pensée, et de faire évoluer – en même temps que mes lectures ou mes images s’accumulent – cette dernière ainsi que les formes qui en découlent. S’il y a beaucoup de questions dans ce mémoire qui ne trouvent pas complètement, ou pas du tout, de réponses, 
c’est que le questionnement est tout aussi – voire plus – nécessaire et primordial que le fait d’élaborer des explications, ou plutôt que se sont des choses, des problématiques en devenir qui prendront corps un jour ou l’autre, au fil du procédé. La collection, prise à la fois dans une définition générale d’action de rassemblement et d’assemblage et dans une définition plus institutionnelle, sera ici employée comme point de départ – presque comme prétexte – mais aussi comme figure alternative singulière nécessaire aux mécaniques de ré.organisations de la pensée. Cette figure – doublée d’une vocation mémorative – est possible grâce aux deux significations qui la caractérisent, et qui, au fil du temps, se répondent, se détachent et évoluent. Entendue comme élément intellectuel, la collection serait un matériau, une base dans laquelle puiser, permettant d’opérer à un glissement vers le savoir et la connaissance tout en créant et mettant en action des dispositifs polymorphes originaux afin de traduire des modes de réflexion. Elle est nécessaire au concept de montage mental, au remaniement imaginatif donc, autrement dit, elle est indispensable pour mettre en place des dispositifs, des objets intellectuels visant à mettre en relation (par l’association, la distanciation ou encore la confrontation) des éléments hétérogènes. Elle permet alors de produire des outils ou des appareils – comme le dispositif de l’atlas – qui tendent à une appréhension et une compréhension du monde en passant par des chemins de traverse, par l’étrangeté. Convoquant ainsi des éléments de temporalités, spatialités et matérialités différentes, une charge mémorative s’amasse – par strates, couches, sédiments – qui amène ces outils ou appareils à devenir héautonomes, des dispositifs autonomes doublés par le souvenir. Ces dispositifs mis en place sont tous différents selon celui qui les emploie – cinéastes, artistes, historiens, graphistes, etc – mais ont pour point commun un pouvoir de polymorphie, c’est-à-dire une capacité à se métamorphoser eux-mêmes soit en passant d’un mécanisme à un autre dans un dessein d’évolution, soit en adoptant plusieurs dispositifs en même temps et en opérant à des allers-retours incessants pour s’augmenter et s’accroître (à la manière d’Aby Warburg qui voyage entre l’accrochage, la bibliothèque et le livre). L’auteur des objets intellectuels est lui-même doté d’un pouvoir de métamorphose, passant d’une discipline à l’autre, ou bien les incarnant toutes en même temps : auteur-graphiste/cinéaste/archéologue/historien/sémiologue/géologue/philosophe/stratège/anthropologue/sociologue/chercheur/chasseur-cueilleur/voyeur/etc. 
De tels outils ou appareils sont en fait des formes visuelles (singulières) de la pensée dispersée, du savoir qui accordent aux images une indépendance, en partie grâce à une réactivation et une transformation (ou remédiation) de ces dernières par le producteur d’images. Ainsi, les images se retrouvent détachées de leurs contextes – elles dysposent – et cette abolition de leurs temporalités initiales leur confère une nouvelle temporalité : une sorte d’immortalité et d’universalité – une autonomie donc. L’utilisation de dispositifs autonomes, amenant les matériaux utilisés à le devenir également, supposent de ce fait une indépendance de l’auteur. Cependant ce dernier ne l’acquière que grâce à ses outils et appareils mis en œuvre, mais aussi grâce à un espace qui permette de les déployer, les essayer, les faire se manifester. Cet espace hétérotopique et singulier peut être considéré, dans une certaine mesure, comme un outil plus vaste, englobant en ses murs les dispositifs car il relève de l’étrangeté, ici d’un lieu autre (en grec, topos : « lieu » et hétéro : « autre ») et contracte ses propres lois – un lieu autonome donc. Il s’agit du territoire physique de création (en marge de la société et de ses lois) qui héberge l’imaginaire, c’est-à-dire de la transposition du territoire mental du créateur – de l’auteur – à l’échelle spatiale. L’auteur serait alors celui qui est capable, par le biais de son espace, de ses objets intellectuels et de ses productions, d’organiser, de rendre compte de la pensée dispersée. Un titan hybride, à la fois Mnémosyne et Atlas, qui porterait et activerait le monde par et dans son regard. Read Less
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