Grand Père sorcier a toujours vécu ici, en dedans
Danseur étoile sur les sentiers des étés brûlants
Parti puis revenu, toujours, au poste
Montelfo, village agrippé de la vallée d’Aoste.

Cafetière fumante, matinée de Septembre
Avec pour seul décor la rue, sa chambre,  
Le blues de l’homme blanc s’empare de lui, indigeste :
"Le vent viendra troubler l’harmonie de nos gestes"

Et c’est terrible et injuste mais juste une rue au-delà, 
Juste une rue, juste au-delà,
Le vent transporte d’âcres odeurs de goudron, 
Et la ville en bas soupire, agglomérat fade de béton.

Il faut réunir la compagnie, s’activer, 
Divulguer l’information qu’ils vont arriver
La caste des bipèdes sans angoisses, 
Qui tiennent plutôt des allures de rapaces,

Fidèles du dieu matérialisme, du dieu civilisé, 
Débarquant sans prévenir, arborant pelles et tunnelier
Envahisseurs d’hameaux aux scies tranchantes,
Structures mécano-soudées faussement bienveillantes,

"Je refuse" crie Alice, d’un ton certain
"J’approuve ton refus" renchérit Plombin,
"Au monde qui décapite les cimes, 
Nous ne léguerons aucunes de nos rimes"

L’homme-cravate se voit rétorquer :
"On nous dit carnassiers, hommes au coeur d’acier,
Mais que valent vos terrains sans nos yeux conquérants, 
Laissez-nous les modeler, à notre manière, en un tout cohérent"

Et nous d’exprimer cette réalité absolue :
"Nous sommes peu, nous sommes pleins, nous sommes avides et nus, 
Nous n’avons pas la classe, nous n’avons pas d’arbitres,
Nous sommes maîtres sans classes, écoliers sans pupitres,
Nous n’sommes pas cultivés, nous sommes cultivateurs,
Nous sommes paillettes soufflées sur vos tristes valeurs,
Nous sommes victimes de votre système abrutissant, 
Nous sommes l’orée mourante d’un millénaire naissant"

Gaïa s'énerve :
"Tu déflores sa faune et fanes sa flore, mais elle vit et survit à te servir, 
De sévices en sévices tu l’asservis, de tes viles vices tu avilis ta donatrice"

Un nuage noir, lent comme un astronef, 
Laissait suggérer un amas de cauchemars en relief.
La grue arrache le bar à sa terre promise, 
Nous passons de dignes pauvres à pauvreté acquise.

Mais voilà les accusations du grand prédicateur :
Le béton est armé pourtant le béton a peur,
Les conquistadors, jetés au carcéral 
Pour cause : divers scandales, banqueroute colossale.

"La terre est notre unique et misérable asile
Que vous avez voulu marquer à l’encre indélébile
Mais elle effacera vos pas comme elle sait si bien le faire
Brise soufflée sur les éternels coléoptères."

Fini les hommes costumes qui triturent le bitume
Fini les rancoeurs, les douleurs posthumes
Fini aussi les crépuscules lourds, le déclin
Demain nous appartient

Ce qu'il nous reste
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