Cela fait déjà bien des années que nous suivons les grands-ducs. Tout ce que nous avions écrit dans notre dossier de mars 2015 sur les conditions de prise de vue et les précautions à prendre reste, bien sûr, valable. 
Mais cette année, notre connaissance des oiseaux, notre expérience et notre matériel s'étant améliorés, nous avons décidé de suivre un couple pendant les parades d'automne avec l'espoir de pouvoir faire des images de l'accouplement. Toutes les photos de ce dossier ont été faites entre le 12 octobre 2016 et le 07 janvier 2017. 
C'est cette aventure que nous vous invitons à revivre avec nous
Le premier travail consiste, évidemment, à trouver les oiseaux. Les jours de chance, quand on connaît bien la falaise où ils se tiennent, on peut tomber, dès le premier coup de jumelles, sur un grand-duc bien visible, en train de prendre le soleil.  
Le plus souvent, on doit fouiller tous les reposoirs déjà connus avant d'arriver à repérer les oiseaux. Leur mimétisme est impressionnant et, malgré leur taille imposante, ils paraissent minuscules à l'échelle de la falaise. Dans cette image où les deux membres du couple sont présents, le moins que l'on puisse dire est qu'ils ne sautent pas aux yeux !
En automne, époque des parades aidant, les deux oiseaux sont souvent proches l'un de l'autre. Le lendemain, le couple était à 80 mètres de là. La femelle, derrière son buis, nous avait échappé et c'est quand le mâle s'est tourné vers la vallée pour chanter que son mouvement nous a permis de mettre enfin les yeux dessus. 
La météo est un élément majeur pour le choix du lieu de repos pour la journée. S'il fait froid, le grand-duc aime bien prendre le soleil à découvert. S'il fait très chaud, il trouvera
un endroit frais, à l'abri des rayons du soleil où il sera pratiquement invisible grâce à son mimétisme et à son immobilité. Il faut alors un œil exercé pour voir les deux oiseaux présents sur cette image. Si, si, ils y sont, on vous le jure !
Sur la même image plus serrée, prise au moment de l'envol, le soir, ils sont bien sûr plus faciles à voir à cause du mouvement des ailes et du grossissement supérieur. Mais cela faisait deux heures que nous les surveillions et ils n'avaient pas bougé d'un pouce. Cette immobilité absolue est pour beaucoup dans l'efficacité du camouflage des oiseaux.


Il faut beaucoup de patience et de concentration pour saisir l'instant qui permet de réaliser les images en vol. Il faut aussi une bonne habitude des très longues focales (1260 mm dans ce cas !) et de son trépied pour suivre le vol de l'oiseau sans perdre la netteté. L'envol se produit souvent quand l'ombre atteint l'oiseau posé et cela complique encore la prise de vue.


Les dernières secondes de soleil permettent assez de vitesse pour figer le mouvement des ailes mais on est toujours sur le fil du rasoir. Deux minutes de retard à l'envol ou le moindre nuage compromettent les images.
L'automne 2016, particulièrement ensoleillé dans le Sud-Ouest, nous a beaucoup facilité la tâche et nous a permis de réaliser ces images que nous attendions depuis longtemps.
C'est la femelle qui décolle la première le soir. Elle va se poser en crête, dans un endroit dégagé qui est encore au soleil alors que la vallée est déjà dans l'ombre. 


Elle entreprend aussitôt l'entretien de son plumage


puis se soulage tranquillement, dos au vide, comme toujours, avant de commencer à chanter. Nous avons réussi ce soir mais rien n'est joué pour demain ! Où seront nos grands-ducs ? Vers où s'envoleront-ils ?
 Le grand-duc, avec son envergure de 1,80m, est un gros oiseau et, au décollage, il part toujours face au vent. Ce jour-là, une bonne brise venait de la gauche de cet oiseau et nous avons parié sur un départ dans cette direction quand l'ombre gagnerait son perchoir.
C'est bien de ce côté-là qu'il est parti et cela nous a permis de le suivre
 jusqu'à ce qu'il se pose sur une branche dégagée, en plein soleil, pour y attaquer sa toilette et s'occuper de son plumage.
Quel contraste entre ces serres acérées qui sont de véritables armes capables de venir à bout d'un renardeau déjà fort
et la délicatesse avec laquelle il se gratte la base du nez, les yeux complètement fermés comme s'il se méfiait d'un geste maladroit. Dans ces moments-là, on est vraiment dans l'intimité de l'oiseau et on a l'impression qu'on a tout compris, que l'on sait enfin ! 
Dès le lendemain, la femelle nous prouve qu'il n'en est rien ! Elle que nous avons vue, tous les soirs, aller se percher au soleil pour la toilette, voilà qu'elle va se coller à l'ombre, sous les buissons, un endroit où nous ne l'avions jamais vue. Il fait déjà sombre, nous prenons quelques images sans conviction.

C'est à la maison, en grossissant l'image sur le moniteur que nous découvrons, entre ses pattes, les plumes d'une corneille. L'oiseau est simplement venu finir les restes de sa chasse de la nuit.
Pendant que la femelle se tient au soleil, le mâle est venu se poser en dessous d'elle, à une cinquantaine de mètres.
Il procède lui aussi à sa toilette, frisottant de la pointe de son bec, avec une infinie patience, l'ensemble de son plumage. Quand il en a terminé,
il répond avec ses hou-hou graves au chant bien plus aigu de la femelle.
Perchée en crête, celle-ci l'invite à venir la rejoindre et le concert se poursuit pendant un bon moment.
Ce 7 janvier, la femelle s'est mise à chanter très tôt, vers les cinq heures, encore à demi cachée dans une petite faille. Nous voyons très nettement la gorge qui se gonfle, formant une tache blanche au cou, mais le bec reste fermé.
Puis elle s'est dégagée un peu plus et a poussé un cri très différent de son chant habituel, un son guttural, très court, le bec grand ouvert, Nous l'avions entendu de nuit et supposé, car nous ne pouvions voir les oiseaux, que c'était un cri d'accouplement.
Aussitôt après, elle a pris son envol 
et est allée directement se poser sur un arbre mort, en haut de la falaise, où nous l'avions déjà vue se mettre à plusieurs reprises, tard le soir, avant de partir en chasse.
Bien calée sur son tronc, elle a repris son chant habituel. 
Et le mâle, placé en dessous d'elle, s'est empressé de répondre avec ardeur
avant de s'élever à grands coups d'ailes pour se diriger vers elle. Nous avions déjà assisté à plusieurs accouplements les jours précédents mais les images manquaient  de lumière. Ce jour-là, il était encore assez tôt et il restait un rayon de soleil sur l'arbre où la femelle était posée. C'était peut-être le bon soir !
Le temps d'assurer la mise au point, le mâle était déjà là. La pariade est toujours très brève, une poignée de  secondes, et souvent agitée : on a l'impression qu'il a du mal à se tenir sur le dos de sa partenaire.

Ces images doivent beaucoup à la chance d'avoir eu assez de lumière
et quand on voit la fugacité de la scène, une douzaine de secondes tout au plus,
on n'est plus sûr d'avoir réellement assisté à ce spectacle unique
et on se précipite pour s'assurer que "oui, les images sont bien là !" et que "oui, elles sont lisibles !". On a tellement le sentiment d'avoir assisté à une scène exceptionnelle que la première idée est de la partager avec ceux qui ont la même passion que nous.
Pendant ce temps, la femelle s'ébroue pour remettre de l'ordre dans sa tenue
et elle entreprend une longue toilette pour remettre chaque plume à sa place.
Cela passe par le dessous des ailes 
 mais aussi le dos derrière la nuque, les ailes ouvertes servant à maintenir l'équilibre.
Le mâle, perché au sommet de la falaise, continue à chanter dans le soir qui tombe doucement.

Quelques minutes plus tard, la femelle vient à son tour se percher en haut d'un chêne non loin de son partenaire.
Puis revient là où elle s'était posée dans l'après-midi pour se gratter. Penchée en avant, on la sent prête à s'élancer pour une nuit de chasse
qui se révèlera être la dernière. Nous ne la reverrons pas les jours suivants : elle a dû commencer à couver et elle dépend désormais de son partenaire pour sa nourriture. Il faudra attendre que les petits soient déjà un peu grands pour qu'elle reprenne ses
chasses nocturnes.
 La suite en avril, avec les jeunes, si tout se passe bien et si vous avez aimé cette histoire.
Grands-ducs d'automne Janvier 2017
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Grands-ducs d'automne Janvier 2017

Suivi d'un couple de grands-ducs au moment des pariades (automne/hiver)
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