En cet après-midi de mai, nous sommes en voiture sur une piste de montagne avec l'espoir de faire quelques images de renards en train de muloter. "Ne vous arrêtez pas !", 
trois images en rafale, "continuez, continuez !" J'obéis mais je n'ai rien vu. Ma partenaire m'explique : "J'ai fait un renard qui rentrait au terrier en bas de l'éboulis". Nous décidons de tenter un affût. Demi-tour, on installe les pieds photo et les filets aux fenêtres de la voiture et on se gare face à l'endroit où l'animal a disparu.

Voilà l'image d'Isa. Elle montre clairement que le terrier est fréquenté, les abords sont piétinés et la terre battue par les passages répétés.
Nous avons tous les deux la même idée en tête : et si les renardeaux étaient toujours au terrier avec la mère ? En attendant, cela fait près de deux heures que nous sommes là sans bouger et sans le moindre résultat !
Tout à coup, à une cinquantaine de mètres, j'aperçois la renarde. Cachée derrière un buisson qui met ses premières feuilles, elle observe la voiture, immobile. Elle a dû sortir par une entrée secondaire et nous surveille de loin. Depuis quand ? Mystère ! C'est tout juste si nous osons faire une image de peur de l'effrayer. 
Après un long quart d'heure de plus, la renarde se met en marche et s'éloigne sans inquiétude apparente. Un point pour nous. Et l'attente recommence. Pas un mouvement.
Soudain, assez loin, près des buissons d'où la mère nous surveillait, du mouvement !  
Ce sont deux renardeaux, tout roux dans le soleil, lancés dans une poursuite endiablée.
Nous sommes un peu déçus de les avoir loin et derrière les branches mais ravis d'assister  à ce spectacle fabuleux.
Impossible de savoir combien ils sont avec toutes ces branches. Mais de temps en temps on a quand même de belles scènes comme cette bagarre acharnée.
Celui-ci vient même prendre la pose, perché sur un rocher. Quel plaisir de pouvoir assister, sans aucun dérangement, à ces moments d'intimité animale.
Voilà pourquoi nous faisons de l'animalier !
Ces renardeaux sont déjà un peu grands et ils finissent par sortir du couvert, ce qui nous facilite la tâche. Mais, comme tous les enfants, ils se fatiguent vite et nous donnent l'occasion d'images plus paisibles.
Cela ne dure qu'un instant et la découverte de leur environnement immédiat se poursuit.
Ces poursuites et ces courses ne sont pas que des jeux. Ils auront besoin, d'ici peu, de tous leurs moyens physiques pour arriver à survivre.
Les efforts qu'ils fournissent sont un véritable entraînement pour la vie qui les attend.
Ils apprennent aussi à être attentifs, à observer, à surveiller pour que demain rien ne leur échappe de ce qui assurera leur sécurité et leur alimentation.
Leur territoire semble avoir des frontières invisibles. Ils ne dépassent jamais le barbelé qui couronne l'éboulis où se trouve le terrier.
Est-ce la mère qui a fixé cet interdit ? Est-ce parce que, au-delà, ils perdraient de vue leur tanière ?
On ne sait, mais quoi qu'il en soit, cette limite ne sera franchie ce soir-là par aucun des petits.
Le soleil baisse de plus en plus à l'horizon et, l'un après l'autre, les renardeaux se rapprochent du terrier.
D'ailleurs, voici la mère qui revient. Prudente, elle vérifie que tout est normal avant de redescendre vers la tanière. Allez, il est temps, pour nous aussi, de rentrer, les yeux émerveillés par le spectacle qui nous a été offert. A demain !


Le lendemain, à peine sommes-nous garés depuis quelques minutes que la renarde apparaît. Elle sort par l'entrée où elle avait disparu à notre arrivée le premier jour, pratiquement à découvert et à moins de trente mètres de la voiture.

Elle nous regarde intensément pendant un bref instant
puis attaque tranquillement la pente pour partir en chasse.
Un dernier coup d'œil pour s'assurer que tout est normal et nous voilà seuls à nouveau.
Soudain, sans que nous l'ayons vu sortir, face à nous, voici un renardeau qui baille à pleine gueule. Le réveil paraît difficile : il baille si fort qu'il en ferme les yeux !
Il regarde la voiture avec curiosité mais sans être effrayé et semble nous tirer la langue. Nous osons à peine faire des images tellement tout se présente bien. Les petits sont là, proches, bien éclairés par un franc soleil, nous avons ce dont nous avons tant rêvé !
Un mètre plus bas, en voilà un second qui est sorti à son tour et baille de bon cœur.
Il se déplace un peu mais doit se rasseoir pour un nouveau bâillement interminable.
Les deux petits se rejoignent et s'installent au soleil, toujours intrigués par notre voiture.

Nous nous savons invisibles derrière nos filets qui ont déjà fait leurs preuves mais le regard des renardeaux est si intense que nous avons l'impression qu'ils nous voient.
Fin d'alerte ! Là, nous pouvons faire toutes les images que nous voulons, ils ne s'intéressent plus à nous. L'un somnole et l'autre s'amuse avec une tige sèche qui occupe toute son attention.
Il a réussi à en couper un morceau et le mâchouille avec entrain. L'autre semble prêt à reprendre une sieste au soleil.
Juste à la sortie principale, un autre petit est apparu. Il se fait les dents sur le reste d'un repas précédent.
Celui-là aussi s'offre un bain de soleil pour un réveil en douceur. Hier au soir, nous avions manqué ces scènes, car les buissons nous cachaient les animaux. Ce soir, ils vivent leur vie sous nos yeux, en plein découvert, et nous n'en perdons pas une miette.
En voilà un qui a l'air bien réveillé 
et il ne tarde pas à trouver un partenaire décidé à jouer avec lui.
Il n'y a aucune violence dans ces jeux. On a l'impression qu'ils s'approprient les outils dont ils disposent - la gueule, les dents, les griffes - pour être capables de les utiliser quand la nécessité s'en fera sentir.
L'agitation des deux premiers attire le troisième qui vient se mêler au jeu.
Du coup, il en vient encore un autre et la mêlée devient générale.
Gueule ouverte et dents acérées, les petits se livrent à des simulacres de combats.
mais jamais les limites ne sont dépassées. Il s'agit simplement de se préparer à la vie qui les attend quand il faudra trouver de quoi se nourrir.
Les luttes ne manquent pas d'une certaine retenue et jamais les morsures ne dépassent le stade de la simulation.
Ces renardeaux paraissent déjà grands mais ils ne sont pas capables de tenir longtemps un rythme soutenu, ne serait-ce que pour jouer. Il y a des pauses dans leur activité pour retrouver des forces.
Et puis, cela reprend pour savoir qui aura le dessus.
Le vaincu ne paraît pas inquiet d'être dominé,
car l'instant d'après, les rôles sont inversés
et la bataille repart de plus belle.
Voilà déjà un moment qu'ils s'agitent, les efforts ont été rudes et ils éprouvent le besoin de faire une pause.
D'ailleurs, voilà le père, reconnaissable à ses pattes de devant bien noires, qui pointe son nez et regarde ses petits.

Et voilà la mère qui revient à son tour et fait rentrer, d'un jappement impératif, tout son petit monde au terrier. C'en est fini pour ce soir, mais nous partons ravis avec l'impression d'avoir eu beaucoup de chance de pouvoir vivre ces instants-là.
Renardeaux au terrier Janvier 2017
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Renardeaux au terrier Janvier 2017

Suivi d'une nichée de renardeaux.
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