Les dormeurs du ferry
C'est un sol de verdure, et on entend la mer,
Heurtant follement les nageoires des poissons
D'argent; où la lune, de la montagne fière,
Luit; c'est un grand ferry qui frôle les bas fonds.
 
Des ouvriers, bouches closes et les orteils nus,
La nuque cognant contre les sacs adipeux,
Dorment; ils sont étendus, dans les coins, sous la nue,
Calmes dans leurs faux lits de bois où l'ombre pleut.
 
Les mains contre le front, ils dorment. Rêvant comme
Rêverait un enfant bercé, ils font leur nuit:
Mer, berce-les tendrement, ils sont avachis.
 
Les parfums de l'écume ne troublent leur somme
Ils dorment dans la nuit à bord du grand ferry
Tranquilles.
 
 
Par Toussaint C. (inspirée par "Le Dormeur du Val" de Arthur Rimbaud)
Les dormeurs du ferry
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