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Xavier Célanie et l’harmonie des contraintes : le génie décliné sur carton.
Venu tout droit de la région parisienne, Xavier Célanie est un artiste de la scène tourangelle, au profil autodidacte et singulier. Après une prépa aux beaux-arts de Rueil et un diplôme aux beaux-arts de Tours, il s'est d'abord concentré sur l'enseignement avant de s… Read More
Xavier Célanie et l’harmonie des contraintes : le génie décliné sur carton.
Venu tout droit de la région parisienne, Xavier Célanie est un artiste de la scène tourangelle, au profil autodidacte et singulier. Après une prépa aux beaux-arts de Rueil et un diplôme aux beaux-arts de Tours, il s'est d'abord concentré sur l'enseignement avant de se lancer en freelance dans le graphisme, le menant aujourd'hui à la tête de l'agence de communication du Studio Célanie.
C'est en parallèle de ses études et du graphisme que Xavier Célanie mène depuis 2004 un travail artistique focalisé sur le dessin. Nourri dès son plus jeune âge par cette pratique académique, il l'a conjugue avec brillo à l'univers de la BD ou bien même au street art en développant un travail d’un nouveau genre sur l’art du portrait.
Ses oeuvres, aux réminiscences pop art, témoignent d’une maitrise où la ligne et le trait se conjuguent à des aplats très colorés sur un support atypique: le carton.
Ce matériau évoquant la fragilité par son état de déchet acquiert une position pérenne par le rôle qu’il lui confère. Passant du statut de simple emballage puis d’ordure, il est récupéré et permuté en oeuvre d’art par l’artiste. Le processus ne consiste pas en la simple récupération de l’objet à la manière d’un nouveau réaliste mais bien à faire face aux exigences qu’impose un tel support.
Inévitablement, les compositions sont conditionnées par les résidus du temps encore visibles sur le carton. Éraflures, déformations, plis ou traces diverses du passé de l'objet ; c'est tout un éventail de contraintes qui viennent soumettre leur loi au dessin et aux aplats de peinture. Pour autant, les vestiges de l’histoire du carton ne sont pas les seuls éléments auxquels Xavier Célanie doit se confronter. Viennent aussi s’intégrer de manière quasi illusionniste et parfois à l’intérieur même du modèle, les codes-barres, labels et autres inscriptions commerciales. Le doute est alors semé chez le spectateur : ces empreintes sont-elles le fruit du travail de l’artiste ou du support ?
Cette incertitude est d’autant plus troublante grâce à la qualité du dessin qui agit en contraste avec les aplats colorés. Car il n’y a pas que dans l’utilisation du support cartonné que l’artiste exerce cet impertinent équilibre des contraintes.
Si dans ces premiers travaux, les portraits étaient dessinés en 2D, c’est en 3D et dans un objectif réaliste que ses oeuvres évoluent actuellement, comme en témoigne la série Black Panthéon. Les volumes et la masse des visages sont désormais perceptibles conférant à ses modèles un résultat quasi photographique. Pourtant, là aussi l’artiste impose le contraste grâce au détoure qu’il applique autour de ses sujets. La ligne, conçue comme une véritable séparation, vient les contourner, leur consacrant une place imposante et centrale dans la composition. Le sujet s’extrait ainsi de l’oeuvre et vient d’autant plus se détacher du support grâce à la dictature des aplats colorés. Entre l’allure réaliste du modèle rendu par la qualité du dessin et l’aspect décoratif que la couleur engendre, le spectateur se retrouve de nouveau dupé.
C’est dans cette dichotomie suggérée à la fois par le traitement du support et du sujet, que Xavier Célanie octroie une forte présence à ses modèles et met en avant leurs personnalités.
Alors que dans les premières oeuvres, des inconnus extraits de son imaginaire se déployaient sur les cartons colorés, on retrouve dans les séries plus récentes comme celle de Black Panthéon ou Night Crawlers, les personnages emblématiques de son univers culturel et personnel. Loin de placarder une icône sur carton, ce n'est pas la célébrité des sujets qui a motivé l'artiste mais bien leurs entités.
D’ailleurs, Xavier Célanie s’est également orienté vers la commande pour particuliers. En renouant avec la tradition, il prend le rôle de portraitiste tel qu’il était conçu aux XIVème et XVème siècles en Flandres ou en Italie et propose des portraits pour le commun des mortels. Dans cette relation privilégiée entre le commanditaire et l’artiste, le résultat reste toujours aussi surprenant. Traités à la manière d’un Spike Lee, Charles Mingus ou encore d’une Grace Jones, les instants phares d’une vie, les photos de famille, d’idoles, de couple ou d’amis sont à leurs tours déclinés sur carton et transformés en oeuvre d’art. Ici encore, il ne s’agit pas de restituer la simple image de quelqu’un mais bien d’exprimer l’individualité, le tempérament ou le caractère de chacun de ses modèles.
Ainsi, qu’il s’agisse de célébrité ou d’inconnus et par un traitement harmonieux des contraintes – entre le support, le dessin et la couleur – c’est toujours la part d’humanité qui est valorisée dans les portraits de l’artiste.
Morgane Barat Read Less
  • Director
    Studio Célanie — France
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