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Des Voyages en Train

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  • Des voyages en train.
    Les voyages en train, endormie, morte. Fatiguée. Seule.
  • Des voyages en train. C’est bon. C’est beau.
    Ça donne du temps à penser. A admirer. A ruminer. Ce que l’on fait. Ce que l’on a raté.
    Des voyages en train c’est bien. Ça sonne bien. Alors naturellement que c’est bien.
    Ce qui est bizarre c’est l’emploi du terme voyage. Finalement on ne s’envole pas.
    Et c’est tout simplement bizarre de dire je voyage en train. Je voyage en avion oui. Mais pas en train.
    Se télétransporter en train semble plus approprié.

  • Marseille Mai 2012 « Mer, mer, voilà la mer ! » m’écriais-je.
    C’est ainsi que j’ai eu la preuve de mon arrivée.
    Les gens normaux s’écrient « Terre ! Terre ! » Retour à la vie, à la civilisation.
    Mais moi je ne rêvais que de l’étendue bleue qui se découvrait à mes yeux.

    Le bus 83 s’il vous plait, ou le trouver ?
    Je ne sais pas mademoiselle.
    Bon. Et vous, vous m’emmènerez ou ?
    À la Pointe Rouge.
    Quoi ça ? Bon, bon. J’y vais.


    Barre a babord, barre a tribord!

    Ma robe d’été.
    Je devais coute que coute me trouver une robe d’été.
    Je ne passais que quelques jours d’été, partir à la plage sans me trouver une robe d’été aurait été un malheur pour moi. Je l’ai cherchée, pas très longtemps, et me voilà, flottant dans ma robe légère et transparente, fleurie, rouge aux couleurs chaudes. Avec ça mademoiselle, vous risquez d’attirer tous les regards.

    Il existe deux mondes en été. Celui de la rue qui longe la plage et la plage elle-même.
    Dans la rue on te siffle, si tu exhibes une demi-cuisse, si tu oses montrer ton décolleté.
    A la plage quand t’y es, tu ne sais plus où regarder. Plutôt ou ne pas regarder.
    A la plage il n’y a plus de limite. Il n’y a plus de timide sauf toi. Il n’y a plus de pudeur.
    A la plage on se dénude devant le regard des autres, on se montre, on se libère.
    Il y a ceux qui matent, ceux qui se font mater, il y a ceux qui lisent ou qui essayent de lire mais leur femme n’arrête pas de discuter. Il y a les maillots slips, les maillots shorts et les poitrines bien huilées.
    Et ceux qui enfin se décident, leur T-shirt enlever. Il y a la femme qui s’occupe de son mari et lui remet constamment de l'huile à bronzer. Et puis surtout, il y a l’africain, commerçant ambulant qui veut à tout prix, ses robes nous faire acheter. Avec lui dans les parages, c’est clair, on ne risque pas de s’ennuyer.
    Il y a des gosses, des plus âgés, des vieillards qui arrivent à peine à marcher.
    Ils crient, s'étouffent a rire, s'en foutent si tout le monde les entendaient.
    Et ces parasols.
    Au fait. Ne devrait-on pas les nommer parasoleil ces machins-choses?
    Paratonnerre: le seul mot valable que j'ai appris en cours de physique dont je suis encore capable jusqu'à aujourd'hui à le définir. Photons, protons. Peut-être parce que ça n'a réellement pas vraiment un sens physique électrique de photons et de protons. Paratonnerre. Contre le tonnerre. Qu'en serait-il de parapente? Contre la pente?
    M'enfin.
    Des parasoleils.
    De toutes les couleurs on en voyait. J'ai un faible pour ces parasoleils. Ils me font sourire. Oui oui, parfaitement. Sou-rire. Toute cette scène me fait sourire. Bêtement, stupidement.
    Il y a le petit gosse qui bouffe, assis en califourchon sur les galets, et mate les alentours. Il mange. Ses yeux rencontrent bien les miens mais qu'est-ce qu'il s'en torche de mes regards. Rien ne pouvait le sortir de sa concentration. Lui il mange, et c'est ainsi qu'allait l'équation.
    Ici, une chose est sure.
    La vie est belle, le monde est beau.
    Il n'y a pas de "glabagla" à discuter.

    A ma dernière journée marseillaise. Mer, mer ! Ce ne sera plus.
    Alors que je n’ai même pas nagé dans cette eau bleue cristalline.
    Je me suis laissée cramer au soleil, comme des cuisses de poulet.
    Je suis condamnée a présent a subir ces brulures, la sentence d’Icare.
    Je ne peux pas bouger, on ne peut pas me toucher.
    Ceci dit, cela ne m’a pas empêché de visiter Cassis et sa petite ville. Cassis sans ses fameuses calanques.
    Qui dit calanques veut dire quoi en fait. J’aurais dû faire mes recherches avant.
    Bref, arrivée a Cassis la peau qui brule déjà, je me dirigeai au plus vite à l’ombre, pour me cacher du soleil qui surchauffe mes bras.
    Assise je méditais, j’observais les gens bronzer, a l’eau plonger.
    Et moi, pauvre de moi, tapie a l’ombre je restais.

    Voyager en train, voyager seule. Sans attachements, le moins de bagages possible.
    Voyager seule en train, c’est découvrir et rencontrer.
    Un commentateur de foot a la télé, des campeurs qui campaient a l’ombre a côté, un couple Sud-Coréen qui fête son trentième anniversaire traversant l’Europe en voiture venant du Sud de la Corée « Son ? son ? your son ? what ? No sun for me, no sun. Son is he your son ? Oh ! no, no ! I am too young to have a son, I am 22 ! » deux jeunes colocataires qui n’arrêtent pas avec leurs « Je te jure putain » « c’est la catastrophe ». Et puis comme partout ailleurs, le type qui accoste la nana, qui clairement vois qu’elle n’est pas du coin et insiste à poser « vous êtes d’ici ? Vous venez d’où ? On peut discuter ? Non je n’ai pas le temps. » Et puis le soir dans un bar à musique irlandaise, éviter d’être la seule fille entre des males bourrés sinon « on peut danser ? Non je ne veux pas. Comment ça, tu ne sais pas danser ? Non je ne sais pas danser » et après cette brève discussion vous aurez droit a des signes faciaux incompréhensibles qui me sont impossible à décrire en texte.
    Il y a aussi monsieur qui par malheur lui manque quelques centimes pour acheter son ticket de train et demande à utiliser ma carte bleue. Il y a le groupe de touristes, ce groupe de femmes finlandaises qui me regardent avec méfiance « elles ont peur, elles ne comprennent pas le français » alors que ma question était toute innocente « excusez-moi, est-ce bien le bus qui nous ramène a la gare ? S.N.C.F ? » En bien épelant le S, le N, le C, le F. Dix minutes à faire la queue pour acheter mon billet de retour. N’oubliant pas cette fois de composter mon ticket, j’essayais la machine la plus proche. Hors rien ne se passait avec elle, le ticket ne rentrait pas. Evidemment puisque ce n’est pas la machine à composter ! Quelqu’un m’aurait-il vu ? « Ah oui, ça ne fonctionne jamais bien ces machines ! » et je me retournais honteuse de ma bêtise. Me pressant de retrouver la bonne machine, j’ai encore du attendre les finlandaises qu’elles finissent leur compostage, à mon tour maintenant, mon compostage est quand même raté « excusez-moi, votre machine à composter ne fonctionne pas avec moi. Bah alors, tu dis plus bonjour a ton pote parce qu’il y a une jeune demoiselle qui te parle ? » Ah ces hommes.
    Trente minutes, l’attente du train. Trente minutes entre le va et vient de cet homme qui passe, me fixe de ses yeux avec un petit sourire. Trente minutes ou chaque trois minutes la machine à produire de l’air frais dégoulinait de son liquide, une sorte de pissoir très bien chronométré. Trente minutes ou l’une de ces finlandaises venait vers mon côté, moi l’isolée, pour voir ce que je cachais ? Écouter ce que je chantais ? « Vous, vous avez pris un bon coup de soleil ! » vraiment ? Je ne ressens rien, merci de me le rappeler ! Et quand arrive le train, mais s’arrête loin, tout au fond, alors que je l’attendais au début du quai, Courez ! Courez ! Finlandaises, avant que les portes ne se referment à votre nez !
    J’ai mal. J’ai mal aux épaules, aux bras. Aux yeux. En fait ces vacances m’auraient encore plus esquinté, vu que je n’étais pas préparée à avoir des vacances de la sorte. Au final, je ne sais toujours pas ou j’en suis ni ce que je vais faire de mon avenir. Je ne sais rien. Je veux que le boulot de mes rêves me tombe sur la tête. Que le ciel me tombe sur la tête oui!
    Des voyages en train, Paris-Marseille. Trois heures et trente minutes de chemin. Me voilà bel et bien à Paris, l’air du large me manque déjà. « Concorde, attention a la marche en descendant du train ».