写真はイメージです
(shashin wa imêji desu)
[ɕaɕinɰaimeeʑidesɯ]
(Portraits non contractuels)
La traduction idiomatique serait le « photo non contractuelle » né de l’union incertaine des gens de loi et de marketing, mais la saveur de l’expression originale japonaise est toute autre : « la photo est une image », où le mot « image » (imêji, importé de l’anglais image) est utilisé au sens figuré, comme dans « c’est une image, une façon de parler ». Une distance par rapport à la réalité, mais aussi un décalage entre le signifiant et le signifié. Le comique pléonastique ferait presque oublier le monde d’extrapolations qui peut naître de cette simple phrase.
Cette série photographique a débuté au Japon, lors d’une période quelque peu sombre et tourmentée où l’introspection et la confusion ont finit par s'enfanter dans l’image, alors que les mots mêmes devenaient pénibles, comme un chat dans la gorge qui aurait tenté d’en sortir - un chat nommé Sisyphe. En poursuivant les expérimentations avec ce langage où les sons sont remplacés par des photons, est arrivé le moment blanc où l’œil vagabond trébuche sur ce "写真はイメージです" consciencieusement inscrit sur un produit quelconque, hiatus où le sens devient vivant, bouge, se morcelle, danse, se recompose, fluctue, respire, et où l’on comprend quelque chose. Comprendre, pas comme un eurêka assumé et clair, une victoire de l’esprit logique, mais une compréhension diffuse, sourde, blanche, qui se fait avec l’arrière du cerveau, la partie qui ressemble plus à un bidule-machin mou qui glisse entre les doigts qu’à un réseau de bureaucrates neuraux au pas pressé. La seule résolution qui en sorte, quoi qu’il en soit, c’est « il faut que j’utilise ça comme titre pour quelque chose, c'est énorme comme truc».
Des expérimentations, du jeu avec la dividualité, les failles de la logique, les perditions internes, le solipsisme et autres concepts philosophiques, psychologiques ou spirituels, qui vont de l’anecdote personnelle à la physique quantique (mea culpa). . Cependant, ne mentionner que ce contenu dense et pompeux serait mentir : je plaide coupable (et avec plaisir) pour certains choix purement esthétiques, voire ludiques, ou probablement vulgaires. Mais n’attendez pas une plus grande prolifération exégétique ou un « 写真はイメージです pour les nuls » - chacun choisira, trébuchera, reviendra, mutera, abandonnera, échangera et voguera à son gré.
Mieux vaut de bonnes questions que de mauvaises réponses, dit-on, mais allons plus loin et acceptons que certaines questions soient faites sans réponse. Le point d’interrogation devient alors autre chose, l’objet magique de notre rencontre par images interposées, ce qui anime ces œuvres :
la fêlure.
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